Tribune Libre

Publié le : 22/10/2018 11:17:06
Catégories : Solidarité

Tribune libre

 

Emmaüs et le mauvais traitement fait aux pauvres

 

À Emmaüs, la pauvreté, nous connaissons. Nous sommes même, en première ligne, avec les autres associations humanitaires. Et nous avons, sur ce sujet, une certaine expérience, une certaine expertise.

Les bric-à-brac d’Emmaüs sont connus. Ils reçoivent des dons, ils trient, réparent, vendent, à bas prix, meubles, vêtements, électroménager, livres et toutes sortes de bibelots d’occasion. C’est la partie visible de l’activité des groupes Emmaüs.

 Les artisans de cette activité sont le plus souvent des hommes et des femmes qui ont été accueillis, parfois avec leurs enfants, au sein d’une communauté,

En effet, pour Emmaüs, lutter contre la pauvreté, c’est d’abord accueillir sans condition d’histoire personnelle, de religion, de culture ou même de situation administrative, pourvu qu’il y ait de la place. C’est redonner une dignité par l’activité à ceux qui en ont été exclus.

 Or, les responsables de communauté, ont connu cet été, une forte augmentation de demandes d’accueil et ont été obligés quotidiennement de renvoyer à la rue, après leur avoir offert café, douche et vêtements, des hommes, des femmes et des enfants, désespérés.

Au sein du Mouvement Emmaüs, l’inquiétude est grande à l’approche de l’hiver, alors que nous voyons perdurer chez nos gouvernants des attitudes peu bienveillantes à l’égard de ces personnes en grande difficulté : précarisation des emplois, baisses des APL, remises en cause de protections sociales, remplacement des conseillers de Pôle Emploi par des contrôleurs, mépris pour «ceux qui ne sont rien », mesquineries policières à l’égard des plus faibles…

 

Un «plan pauvreté » bien pauvre

 

Nous avons pris connaissance du «plan pauvreté » présenté récemment par le Président de la République. Nous comprenons bien l’idée de ce plan : vouloir mettre fin à la reproduction sociale de la pauvreté, en agissant sur les enfants (petits déjeuners gratuits, repas à 1€… dans les ZEP), sur une certaine aide à l’emploi en créant des places de crèche, et pour les jeunes en échec scolaire, par la poursuite des études jusqu’à 18 ans,…

Une volonté de simplifier les aides sociales, par la création d’un «revenu universel d’activité ».

Et là, à Emmaüs, nous sommes catastrophés ! On mélange tout : la précédente aide au logement (APL), dont on a déjà diminué les montants, le RSA, les minima sociaux, dont on refuse la revalorisation,  etc.… Avec le revenu universel d’activité dont nous attendons les modalités de mise en œuvre, on ne s’intéresse qu’à ceux qui ont une activité ou en capacité d’en avoir une.

Rien sur la situation de détresse des sans logement ou de ceux qui risquent l’expulsion de leur logement, qu’ils aient un emploi ou non. Rien sur l’accompagnement des parents, qui n’ont plus les moyens financiers ou psychologiques de sortir, avec leurs enfants de l’enchaînement de la misère (On s’en remet aux départements, dont on diminue les moyens !). Rien sur les situations dramatiques, comme celles cachées en milieu rural moins médiatisées que celles situées administrativement dans des zones dites défavorisées.

 Si ce plan reconnaît l’efficacité du travail des associations, comme Emmaüs, il ne s’appuie pas sur leur expérience. Il ne les écoute pas. Il n’a aucune volonté d’éradiquer la pauvreté, tout au plus celle de la gérer.

Eradiquer la pauvreté, suppose un changement radical de politique, avec un meilleur partage des richesses, une valorisation du travail au détriment du capital, une remise en cause de la sacro-sainte croissance, qui fabrique n’importe quoi, qui remplit les rayons des super marchés de «malbouffe », qui produit notre nourriture en détruisant l’environnement et qui promeut une consommation à tout va, celle même qui piège les plus démunis !

 

Alerte au drame qui se joue dans la rue !

 

Nous ne pouvons aider les plus souffrants et  nous taire devant une politique, qui fabrique tous les jours plus d’exclus. C’est pour nous, une situation intenable.

Nous alertons solennellement nos gouvernants, nos élus et tous ceux qui ont en charge cette cause nationale : sans une prise de conscience et une réaction de tous avant l’hiver, nous risquons des drames.

Vous tous, quel que soit votre statut ou votre situation, c’est en lanceurs d’alerte que nous nous adressons à vous, nous allons vers une catastrophe sociale, joignez votre protestation à la notre et aidez-nous à créer une société plus solidaire.

 Si l’abbé Pierre était encore parmi nous, imaginons sa colère sur nos chaînes  de radio et de télévision: « Au secours ! … ».

 

Sont signataires les groupes Emmaüs suivants:

 SOS Familles Emmaüs Cahors, SOS Familles Emmaüs Toulouse, Comité Emmaüs Cahors, Emmaüs Carmaux, Communauté Emmaüs Villefranche d’Albigeois, Amis des Compagnons d’Emmaüs Figeac, Communauté Emmaüs Saint Gaudens, Communauté Emmaüs Tarn et Garonne, Emmaüs Tarn Sud, Communauté Emmaüs Toulouse.

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